
Les clients que j’ai eu pour un travail en réactivité de leur chien pourront en témoigner, une fois que Toutou a compris qu’il pouvait s’éloigner plutôt que charger ou aboyer, je répète souvent une phrase : “Arrêtez de lui parler, laissez-le réfléchir”.
Par habitude ou par peur, on a tendance à beaucoup parler à notre chien. Au moindre croisement, on va répéter “tu laisses, viens, au pied”. Mais c’est justement en lui parlant à outrance qu’on l’empêche de progresser, parce qu’on interfère avec ses besoins et son rythme.
Après quelques séances de travail, Toutou sait ce qu’il est supposé faire. On a appris à gérer la longe, notre corps et à récompenser ses bonnes décisions. Le comportement d’observation plutôt que l’agression aura été renforcé, il aura appris qu’il peut le faire, dans des conditions qui respectent son intégrité physique et mentale (sans immersion, sans coercition).
👉🏼 Maintenant, il faut le laisser réfléchir.

➡️ Il peut décider d’observer de loin son déclencheur, d’analyser.
Ça lui permet de s’ancrer et on peut renforcer cette observation calme et posée. Dans ce cas, il est important de lui laisser tout son temps et de ne l’aider que si la tension commence à monter (difficulté à décrocher, autre chien qui s’approche…).
J’insiste sur le fait que l’observation doit être posée, avec un chien calme et la laisse détendue. On ne parle pas ici d’une observation avec un chien raide comme un piquet, la laisse tendue de peur qu’il ne déclenche. Dans ce cas, on prend de la distance.
Il n’est pas nécessaire que votre chien soit truffe à truffe avec un congénère pour prendre les informations et communiquer. Il peut renifler et capter les odeurs de très loin (quel scoop !) et communiquer avec son corps (rigidité, direction, position de la queue, des oreilles…) : la communication des chiens est certes olfactive, mais aussi et surtout visuelle via des signaux parfois très subtils.
➡️ Il peut décider de s’approcher de son déclencheur.
Pas forcément pour obtenir une interaction, mais pour prendre les odeurs. Auquel cas, on peut suivre un toutou pour que notre chien puisse prendre qu’il laisse au sol (marquage urinaire, frottement du corps ou des coussinets…). On passe d’un chien qui réagit par anticipation, qui est proactif, à un chien qui décide de prendre des informations, qui fait le bon choix.
Avoir un chien qui est capable de décider de prendre les informations olfactives d’un congénère sans nécessairement aller vers ledit congénère, c’est une étape fabuleuse. Il choisit d’analyser, de comprendre.
A nous de gérer les humains trop insistants (non un chien qui s’approche de vous ne veut pas forcément être touché, ni même regardé) ou de choisir les chiens aptes à rencontrer le notre. Certains vont penser que si notre chien marche vers le leur, il peut y avoir interaction. Mais pas forcément ! Attention à anticiper pour ne pas se retrouver avec une interaction forcée alors que notre chien voulait juste renifler l’arbre qui venait d’être marqué par le chien juste devant.
Si notre chien souhaite réellement une interaction, il est important qu’elle ait lieu avec des chiens choisis pour leur calme et leur capacité à cesser le contact facilement. Les premiers contacts d’un chien réactif doivent, dans l’idéal, être très encadrés.

Lorsque le travail de la réactivité est bien avancé, on peut commencer à se promener “normalement”. On avance, en maintenant une gestion des distances et de la direction pour aider notre chien. Mais on le laisse prendre ses décisions : on ne parle pas, notre corps indique mais n’impose pas, c’est lui qui décidera de vous suivre plutôt qu’aller vers un chien.
Si le travail a bien été mené et qu’on entre pas dans la zone rouge (propre à chaque individu), Toutou réagira comme on le souhaite et on n’aura plus qu’à récompenser chaudement ce comportement.
A ce moment là, le plus difficile est de ne pas tendre la laisse de peur qu’il se passe quelque chose, alors que leur chien a énormément progressé et est capable de cette prise d’odeur. Bon nombre de clients ont du mal avec cette partie et c’est complètement compréhensible ! Il est souvent difficile d’effacer une peur aussi ancrée.
C’est pour cela que le travail du chien réactif passe essentiellement par le travail du corps de l’humain. Il faut avoir conscience de ce qu’on indique (épaule, direction, rythme, trajectoire ect) pour aider notre chien sans s’imposer.
Une bonne gestion de longe est indispensable pour que cette étape se passe en toute sécurité. Non une longe n’est pas une longue laisse dont on tient la poignée sans se poser de question ! Savoir la dérouler, quand retenir et quand laisser du mou, c’est aussi du travail.
Une fois ce cap passé, celui où on fait confiance à son chien (grâce au travail effectué progressivement), ce n’est que du bonheur ! Il ne s’agit plus de ne “rien” faire, parce qu’il faudra au moins gérer la distance : chaque chien a une zone rouge à ne pas franchir, dans laquelle il est trop près de son déclencheur pour réfléchir. Elle évoluera avec le temps et le travail, mais si vous la connaissez, il suffit de gérer les indications données par votre corps et votre distance pour que tout se passe comme sur des roulettes !

➡️ Laisser observer notre chien lui permet :
– De prendre des informations, visuelles ou olfactives, même de loin.
– D’analyser ce qui le dérange et donc de se rassurer.
– De le laisser réfléchir et donc de constater qu’il peut rester à distance ou s’éloigner.
– De réguler son état émotionnel à son rythme.
➡️ Laisser observer notre chien nous permet :
– D’observer son comportement et donc son niveau de stress.
– De (ré)ajuster nos distances (zone de travail) afin d’améliorer cette observation sereine.
– De prendre confiance en lui (et en nous) en constatant les progrès réalisés.
– D’en apprendre plus sur notre compagnon, sur ses préférences, son rythme ect.

C’est exactement la même chose lors de la socialisation du chiot : L’observation est mieux que l’interaction.
Le but du travail d’un chien réactif n’est pas de le rendre hyper copain avec la Terre entière. Aucun chien ne peut s’entendre avec tout ses congénères, de la même façon que vous avez aussi vos préférences avec les autres humains.
Le but du travail d’un chien réactif est de lui apprendre que, justement, il peut observer plutôt qu’agresser.
Qu’il peut prendre la décision de s’éloigner s’il n’est pas à l’aise, et de s’approcher s’il se sent bien.
Le travail du chien réactif est une danse entre vous et lui.
S’approcher, s’éloigner, parler avec son corps, en avoir conscience.
Comprendre que parler n’est souvent nécessaire que pour montrer qu’on est trooop content de notre chien, pas pour lui dire quoi faire.
C’est aussi et surtout prendre le temps. De le laisser observer, réfléchir, prendre des informations. Laisser son cerveau (re)construire des schémas neuronaux plus opérants et confortables.
Un chien réactif est justement un chien qui ne sait plus analyser et prendre le temps. Il (ré)agit, il ne sait pas faire autrement. Alors il est nécessaire, vital, de passer par l’étape de l’observation calme, de la faciliter par la distance et la longe, de la chérir et de la féliciter.
