Comportement

Le stress chronique

Le stress chronique est une situation qui touche beaucoup de chiens réactifs.
Tout être vivant peut être soumis au stress. De façon ponctuelle, ce n’est pas gênant, le corps et l’esprit peuvent s’adapter. Mais lorsqu’un organisme subit un stress constant, répété, régulier, il défaille.

Qu’est-ce que le stress chronique ?

Un chien réactif va stresser en voyant ses déclencheurs à une certaine distance 🟠, et exploser quand ceux-ci vont entrer dans sa zone rouge 🔴
Par exemple, Médor va monter en tension en voyant un chien à 20 mètres 🟠, et être hors de lui s’il en est à 10 mètres 🔴. Cette montée dans l’état de stress peut être progressive ou assez explosive selon l’individu. Pour certains chiens, voir un congénère de très loin peut suffire à le faire entrer dans cet état d’agitation.
Quoiqu’il en soit, il faut comprendre qu’un chien en zone rouge ne réfléchit plus. Il n’en est plus capable parce que son cerveau est en mode survie 😵‍💫 Si je vous demandais de calculer 6×7 avec une mygale sur la main, vous n’y parviendriez pas non plus.
Bref, votre chien subit un gros coup de stress, plus ou moins important en fonction de la distance avec son déclencheur, du contexte, de votre direction ect.

Une fois, ce n’est pas si grave. Le cerveau du chien a le temps d’emmagasiner cette information et de se reposer. Il redescend en pression et, sauf en cas de traumatisme, c’est terminé 😮‍💨
Mais si votre chien entre dans cet état de stress à chaque balade, plusieurs fois par balade, plusieurs fois par jour, son taux de cortisol n’a pas le temps de descendre. Il reste tendu, en alerte, jusqu’à la prochaine fois 😕
Il entre donc en stress chronique, même hors des périodes stressantes. Il peut être posé et calme à la maison, mais son corps est toujours en état d’alerte 🚨

Notre corps réagit de la même façon : Si vous enchaînez les évènements stressants, votre esprit ne redescend jamais complètement. Vous êtes constamment sous tension, irritable, fatigué.
Le stress chronique peut aussi être, chez l’humain, la cause de maladies 🤒, de la perte de fonctions cognitives 😖, ou encore de troubles de la mémoire 🧠
Chez nos toutous, c’est la même chose.

Un chien continuellement soumis au stress pourra développer des maladies 🦠 ou des irritations. Son corps combattra plus difficilement les attaques et il s’en retrouvera fatigué 🫩 ou irritable 😤 (ce qui n’aidera pas non plus sa rééducation). D’ailleurs, si votre chien développe soudainement un mauvais comportement, un souci de santé peut en être la cause 💉

De plus, cet état de stress permanent peut engendrer une difficulté d’apprentissage 🧠
Le chien ne pourra pas se concentrer convenablement, ni emmagasiner toutes les informations lors des séances d’éducation. Son esprit ne sera pas en état d’apprendre quoi que ce soit car il sera en mode “survie”.
Essayez d’apprendre quoi que ce soit sous pression ! C’est long, pénible et fatiguant. Et encore, vous VOULEZ apprendre (études, discours, protocole…). Votre chien n’a pas cette notion de “ok aujourd’hui let’s go travailler ma réactivité” 😜

Une mise au vert

Voilà pourquoi, lorsqu’on travaille un chien réactif, il est parfois préconisé de d’abord faire une “mise au vert” afin de remettre le corps et l’esprit dans un environnement calme et serein 🌳
Pendant quelques jours ou semaines, on va éviter tous les endroits stimulants comme la ville, les quartiers animés, les parcs… Pour préférer promener son chien à la campagne, en forêt, là où vous ne croiserez presque personne et où la gestion de l’environnement sera très facile (changer de chemin, mettre de la distance, couper le visuel).
Dans certains cas, on va carrément stopper les balades, le tout en compensant bien entendu avec des activités à la maison (jouets à mâchouiller, recherche olfactive, jeux d’intelligence…) 🏠

On va replacer le chien dans un état stable, calme, neutre 🌱
Évidemment, cela ne va pas régler le problème, mais votre loulou sera dans de meilleures conditions d’apprentissage lorsque le travail commencera.
Si besoin, un accompagnement médicamenteux fourni par un vétérinaire comportementaliste pourra être prodigué, si on décèle que le chien est dans un état de stress trop important 👩🏼‍⚕️

En gros, on permet à lui et son organisme de souffler un bon coup 💨
Le niveau de stress redescend et on peut commencer à travailler avec un chien plus “neutre” physiologiquement.
Ça ne fait pas tout, évidemment. Mais un bon travail sur la peur/réactivité implique un bon point de départ 🏁

En définitive, vouloir travailler son chien réactif est une excellente chose. Mais attention à ne pas le pousser à bout non plus. Enchaîner les séances parfois stressantes avec un chien déjà sous tension ne fera qu’allonger la durée de la rééducation, on plus de vous fatiguer, vous et votre chien 😔
Faisons en sorte d’avoir un chien disposé à apprendre avant de commencer quoi que ce soit, au risque de perdre du temps ou aggraver son comportement.

Gardons aussi en tête qu’un chien d’apparence “calme” peut aussi être en état de stress. C’est à l’éducateur, formé et expérimenté dans la lecture des signaux d’apaisement, ou encore au maître qui connaît les rituels, mimiques et habitudes de son chien, de déceler une anomalie.
Cela peut se traduire par des signaux très subtils, mais aussi par un chien en détresse acquise (voir article sur le sujet). Dans ce cas, une mise au vert “mentale” peut être nécessaire (ne rien demander à son chien, le laisser tranquille 🔕 pour qu’il retrouve un comportement naturel sans intervention humaine).

Autres

La race de vos rêves malgré vos conditions de vie

Vous rêvez d’une race, mais vous savez pertinemment qu’elle n’est pas adaptée à vos conditions de vie.

C’est déjà super de s’être renseigné et d’avoir conscience que votre mode de vie n’est pas adapté à toutes les races !

Alors, et vous aurez bien raison, vous choisissez de ne pas adopter ce chien, plutôt que de céder à une envie qui le rendrait malheureux.

Et si je vous disais qu’en cherchant bien, vous pourriez vivre avec la race de vos rêves, malgré tout ?

Je vais prendre un exemple très simple, et malheureusement très actuel, j’ai nommé : L’adoption d’un chien de travail lorsqu’on a une vie plutôt sédentaire 🌻

Cela peut être un border collie, un malinois, un husky, un berger australien (liste évidement non-exhaustive, il s’agit généralement de chiens de berger ou nordiques cependant)… Ce sont des races très actives et sensibles qui ont besoin d’activités physiques et mentales, de travailler pour se sentir bien dans leur pattes.

Clairement, je ne recommande pas ces races à quelqu’un qui ne pourrait les sortir que 45 minutes par jour et un peu plus longtemps le week-end.

Pourtant, il existe quelque part une perle rare qui pourra vous convenir tout de même !

Tout d’abord, la génétique reste une question de probabilité.

Prenons l’exemple des border collie. Évidemment qu’un border aura beaucoup plus de chance d’avoir un fort instinct de poursuite. Il aimera courir après les balles, rassembler les humains, pourchasser les voitures. C’est un comportement qui peut être géré et canalisé (s’exprimer de façon contrôlée) grâce à l’éducation, mais qui est inscrit dans les gênes de cette race.

Cela peut être représenté par une courbe de gauss 📈📉 (courbe en forme de cloche)

La majorité des border collies aura un instinct de poursuite assez élevé, inhérent à cette race. Une petite partie aura un instinct plus faible ou plus élevé que la moyenne. Et une micro-partie aura presque une absence d’envie de poursuite, ou une envie exacerbée.

La partie qui nous intéresse est au touuuut début de la courbe de gauss : Certains border n’auront aucun instinct de poursuite, ou très très peu. L’envie de poursuivre, courir et rassembler ne les effleurera même pas. Ils sont très rares, mais ils existent.

➡️ De la même façon, on peut trouver des malinois de salon, patapoufs et qui se satisferont de l’activité d’un chien “normal”, ou des chiens de chasse complètement blasés devant l’odeur d’un chevreuil, sans aucun prey drive. Ou encore un spitz qui n’aboiera jamais de sa vie, un husky avec pas un pet de besoin exploratoire, un cane corso avec aucune envie de défendre qui que ce soit.

Si vous êtes éleveur ou si vous choisissez une race justement pour ses spécificités, ces chiens sont des “””erreurs””” (oui j’insiste sur les guillemets). Ils ne remplissent pas les caractéristiques de leur race.

C’est comme si votre café avait le goût de thé : Dans l’absolu c’est très bon, mais ce n’est pas ce que vous recherchiez.

Mais si vous êtes amoureux d’une race et que vous vous reteniez de l’adopter justement pour ses spécificités (encore une fois, c’est à tout à votre honneur), alors ces chiens sont des perles rares ! 🏅

Mais comment trouver ce chien si unique ?

Il faut bien chercher et être très patient ! 🔎

Pour un chiot, beaucoup de recherches d’élevages

L’éleveur doit connaître parfaitement ses chiens et rechercher le calme dans ses croisements. Le plus sage serait évidement de rechercher une lignée de beauté/compagnie/show plutôt qu’une lignée travail. Les parents de notre chiot devront être ce que l’on espère obtenir.

Une fois la portée née, il faudra faire une nouvelle fois confiance à l’éleveur qui pourra nous choisir le chiot le plus calme et posé de la portée. Gardons tout de même en tête qu’un chiot calme peut tout à fait s’avérer plus vif dans un autre environnement ou en grandissant. Rien n’est certain donc.

Entre les recherches et l’attente du mariage et de la portée parfaite, il peut s’écouler des années, pour un résultat malgré tout incertain ⏳

Le plus simple est encore de se tourner vers un chien déjà adulte

Son caractère est déjà connu, tout comme son taux d’énergie, ses besoins en activité ect.

Ce toutou peut être un retraité d’élevage, un chien de refuge (âgé ou non) ou encore un chien avec des particularités physiques l’empêchant d’être aussi actif que la majorité des membres de sa race (handicape physique par exemple).

Évidemment, il faudra sûrement compenser le manque d’activité physique par divers stimulations mentales, tant pour l’activité d’un chien adulte que la santé mentale et le moral du chien âgé.

Rien n’est encore certain à 100% car un chien peut avoir un comportement différent en fonction de son lieu de vie et des conditions qui lui sont présentées, mais on augmente quand même pas mal les probabilités de trouver votre fameuse perle rare.

Le top du top ? Adopter chez un particulier qui souhaite malheureusement se séparer de son chien

L’abandon d’un chien n’est jamais une décision facile et n’est pas toujours le fruit d’un manque de réflexion au moment de l’achat ou d’égoïsme : La personne peut avoir perdu son travail et avoir des difficultés financières, elle peut avoir eu un enfant allergique, elle peut subitement manquer de temps à cause de raisons personnelles, elle peut avoir une pathologie qui l’empêche de répondre aux besoins de son chien… Faire le raccourcis “il abandonne son chien = c’est une mauvaise personne” est injuste pour tous les gens adorant leur chien et dont la séparation leur brise le cœur parce qu’elle est parfois la seule solution pour le bien-être du chien et du foyer.

Cette parenthèse finie, pourquoi cela vous arrange-t-il ?

Et bien parce que qui connaît mieux ce chien que la famille qui a passé plusieurs mois/années avec lui ? Et si votre mode de vie ressemble beaucoup au leur, alors jackpot ! ✨

Vous connaissez déjà tout de ce toutou : Son rythme, ses habitudes, ce qu’il aime, n’aime pas, son énergie, sa faculté à rester calme, son attitude avec les humains, les chiens… C’est parfait !

Alors oui, Médor pourrait changer de comportement dans son nouveau foyer, parce que vous n’êtes pas exactement pareil que son ancien. Mais encore une fois, il s’agit d’augmenter les probabilités.

Bref, du temps, de la patience et beaucoup de recherches nous permettront de (peut-être) trouver ce chien qui a dit non à toutes les statistiques et standard de sa race.

Ce n’est pas facile, parce qu’on cherche justement un chien qui ne répond pas à la norme.

Cependant, il convient de se demander pourquoi est-ce que nous désirons tant telle ou telle race ?

On craque dessus depuis ce film qui nous a marqué ? On la trouve magnifique ? Ses prouesses nous impressionnent ? Un voisin en a une qui se comporte très bien ?

Prendre du recul sur nos propres envies a aussi son importance dans le choix de notre futur toutou. Attention à ne pas être aveuglé par ce qu’on peut voir ou trouver sur internet, on ne voit généralement que les bons côtés 😉

Comportement

Tous les chiens ne sont pas égaux dans leur communication

Malgré une socialisation aux petits ognons et des parents parfaits communicants, certaines races auront toujours un désavantage pour communiquer avec leurs congénères.
Et ce du fait de la sélection faite par l’Homme sur leur physique 😕

Les chiens communiquent via des phéromones (captés par l’odorat), mais aussi et surtout avec leur langage corporel.
De simples micro-mouvements peuvent en dire long sur leur état émotionnel 📝
Durant la séance théorique qui précède nos cours pratiques, je prends toujours le temps d’expliquer aux clients les signaux d’apaisement, les bases de la communication canine. Comment les chiens discutent. Les connaître, c’est parler chien. C’est comprendre votre compagnon et pouvoir l’aider et le respecter ☺️
C’est important de pouvoir lire son Toutou afin d’y déceler les prémices d’un stress et d’agir en conséquence, notamment sur un chien réactif. Mais aussi pour déceler un souci de communication lors des interactions : Croquette met mal à l’aise Max, Rex harcèle Bella, Fido veut une pause mais n’est pas compris…
Tout cela va passer par des micro-mouvements faciaux (appelés signaux d’apaisement), le mouvement de la queue, la tension musculaire, des variations dans l’allure, la distance ect.

Mais certaines races, du fait de leur physique particulier, ne peuvent pas être parfaitement comprises par leurs congénères 🙁

Malheureusement, l’Homme a tendance à déformer le physique de certains chiens pour son plaisir personnel, sans penser aux conséquences sur leurs interactions sociales ou sur leur santé (mais ce point fera l’objet d’un autre article).

Le faciès

Les chiens communiquent beaucoup avec leur faciès : Des micro-expressions, que ce soit des clignements ou mouvements des yeux (wale-eyes), léchage de truffe, bâillement, détournement de la tête ect.
Maiiis… 😬
Certaines races brachycéphales (bouledogue par exemple) ont un museau si court qu’il ne leur permet pas de faire toutes ces expressions, parfois très subtiles. Ce museau très court obstrue parfois le palais des toutous, les faisant respirer très fort, ce qui peut être perçu comme un grognement de la part des autres chiens et donc interprété comme une agression 💢
Les plis de peau chez le carlin ou le sharpeï rendent leurs yeux moins visibles et leurs mouvements faciaux moins souples.
Les races très poilues (chow-chow, terre-neuve ect) auront ces mêmes difficultés parce que leur épaisse toison viendra cacher une bonne partie de leur visage, parfois jusqu’au yeux.

Les oreilles et poils

Outre le visage, la posture des oreilles joue un grand rôle dans la communication. Elles peuvent être dressées, aplaties, bouger dans tous les sens. Chose bien difficile à faire quand on a des oreilles tombant presque jusqu’au sol comme les bassets ou les cockers…
La piloérection est aussi une communication très visible. En cas de forte émotion (tout comme nous), les poils vont se dresser sur la nuque, le dos ou encore la croupe du chien. Mais ce n’est pas bien facile à voir sur un chien aux poils très longs et lourds. Ce détail dans leur panel de communication (parce que le chien est toujours à lire dans son ensemble) nous manquera et sera moins repérable par leurs congénères 🐕

La queue

Enfin, moyen de connaître les émotions du chien plus connu du grand public malgré encore beaucoup d’idées reçues : La queue.
Non une queue qui remue n’est pas forcément signe de joie 😉
Une queue peut être dressée ou entre les pattes, en mouvement ou très raide, se balancer d’un côté ou d’un autre, avec vivacité ou non, avec souplesse ou non. Elle peut indiquer beaucoup de choses sur l’état émotionnel de notre chien. C’est pour cela qu’il ne faut pas juste regarder une queue qui remue, mais comment elle remue ☝🏼
Malgré cela, certains toutous ont la queue très, très courte, qui rend son mouvement quasi invisible. C’est comme si on s’enlevait toute une partie de leur dictionnaire !

En fonction du physique de votre chien, sa communication pourra donc être entravée 🔗
Ils pourront avoir plus de mal à se faire comprendre et il faudra parfois en tenir compte lors des interactions : Surveiller, permettre une pause, s’éloigner si besoin…
✅ Pas de panique cependant, l’arsenal des chiens pour communiquer est très vaste et ne passe heureusement pas que par leur physique : Mouvement, distance, direction, odeurs, énergie ect. Et ça, n’importe quel chien bien codé, peu importe sa race, en sera capable ! 😊
Chaque petit détail compte et il est toujours fascinant d’observer des chiens interagir et d’en apprendre plus sur leur langage ❤️

Je vais digresser un peu du sujet initial (le corps pour communiquer) pour faire une parenthèse sur les races et leurs spécificités 🔎
Du fait de leur spécialisation, certaines races auront plus ou moins du mal à communiquer avec leurs congénères. Et le savoir en amont est très important pour gérer leur socialisation en conséquence.
➡️ Par exemple, les staff, bully et autres anciennes races de combats auront tendance à être plus brusques et à lire moins facilement les signaux de leurs copains. Ce n’est absolument pas de la méchanceté ou de la bêtise ! Simplement, on a sélectionné ces races pour justement ne PAS communiquer et foncer dans le tas 🌪️ Votre loulou aura tendance à être un peu brute dans ses jeux. Il faudra donc être particulièrement attentif aux signaux des autres chiens lors des rencontres et bien gérer sa socialisation.
➡️ Autre exemple, les chiens de berger, et plus particulièrement les borders collie et leur “œil”. La plupart des borders de travail auront tendance à beaucoup fixer. C’est un besoin instinctif de contrôler le mouvement. Certains le feront même lors des rencontres entre chiens : trois toutous joueront et votre border sera immobile, aplati à les fixer. Malheureusement, ce comportement peut mettre mal à l’aise certains chiens. Encore une fois, il faudra surveiller les signaux d’apaisement du groupe et aider votre loulou à passer à autre chose.

Rappelons enfin que votre chien, tout animal sociable qu’il est, a le droit de ne pas vouloir d’interaction, a le droit de ne pas aimer tous les chiens et de le faire savoir. Tout le monde ne s’entend pas avec tout le monde et c’est ok tant que cela est dit respectueusement.
Bien communiquer, c’est bien. Accepter le refus et respecter le consentement de chaque chien, c’est encore mieux ! ✨

Education

Quand faire appel à un éducateur canin ?

Ma réponse en tant qu’éducateur canin ?

Dès l’arrivée de votre chien ! 😁 Voire avant afin de la préparer au mieux.

Alors oui, en tant qu’éducateur canin, c’est la réponse évidente.

Mais c’est aussi (et surtout) pour vous et votre chien.

Préparer l’arrivée du chiot, c’est s’assurer de se mettre sur les bonnes rails dès le début de votre relation.

D’abord dans le choix de la race et/ou de l’individu, car cela vous évitera les erreurs de casting (non les bergers australiens, bien que très jolis et à la mode, ne sont absolument pas faits pour tout le monde, sinon je n’en verrai pas autant en éducation). Un chien adapté à vous, un chien dont le niveau d’énergie et de besoins est cohérent avec ce que vous pourrez lui offrir. Cette simple étape est cruciale pour le bon fonctionnement de votre foyer 😉

Une fois le petit bout arrivé à la maison 🏠, vous saurez déjà quoi faire, quand le faire, les erreurs à éviter… Vous vous épargnez les remises en question, le long travail de désapprentissage, le stress. Vous êtes cohérent avec vous et pour votre chien, les règles et habitudes mises en place sont pérennes. Votre relation avec votre chien est basée sur un apprentissage de la communication canine et la mise en place de règles cohérentes pour votre chien. C’est plus saint, la foyer est plus serein 😇

L’argument qui claque : C’est moins cher ! 🔥 Éduquer son chien dès son arrivée est un investissement, car rééduquer un chien devenu réactif ou qui a pris de mauvaises habitudes est toujours plus long qu’une simple “mise en route” d’un chiot.

Bref, faire appel à un éducateur canin avant l’arrivée du chien est (presque) une belle balade tranquille, tant pour vous que pour moi ☀️

Oui, pour moi aussi. Parce qu’il est toujours plus simple de travailler un chiot “neuf”, adopté dans un super élevage après discussion avec le client pour savoir quelle race lui conviendrait le mieux… Plutôt que d’analyser un chien possiblement traumatisé, mal socialisé, mal sélectionné, pour comprendre la cause de son comportement, puis de tout expliquer à son maître en prenant parfois de belles pincettes 🥲

Je le comprends, travailler un chien “à problème” est souvent fatiguant, stressant. On peut perdre l’envie ou l’énergie au fil des séances si on se rend compte que le chemin est plus long et sinueux que prévu 😕 Mais dans ces cas, je dois redoubler d’efforts pour accompagner mon client, pour qu’il n’abandonne pas. Faire accepter et comprendre au client que ce qui a été fait jusqu’à lors n’était pas bon et qu’il va falloir s’investir et changer ses habitudes, ce n’est pas facile. Je m’expose au rejet, à l’agacement, à l’impatience de quelqu’un qui veux (malheureusement trop souvent) que le comportement de son chien change en une ou deux séances.

Remarque : Au fond, même si c’est plus difficile, c’est aussi plus gratifiant héhé 😁 Voir une personne observer son chien prendre les bonnes décisions, jusqu’à être capable de le lâcher pour la première fois, ça n’a pas de prix. Le fameux “je n’en reviens pas, il n’a jamais fait ça, on dirait un autre chien”, ça me motive pour longtemps et ça fait pétiller mon cœur ! 🥰 Mais cela est le prix d’un long travail et d’une remise en question.

Finalement, l’éducateur, le maître, le chien… Tout le monde est heureux de prendre ses cours dès le début ! Tout bénef ! 🔥

La réalité du terrain ? 🤔

Je dirai que j’ai 1/3 de chiots pris en charge dès leur arrivée 🙃

Les 2/3 restants, à quelques exceptions près, ce sont des chiens à rééduquer.

Des toutous avec qui on a essayé ce qu’on a pu lire sur internet en se disant “ça finira par passer, il va se calmer en grandissant”. Spoiler : Non. Généralement le comportement s’ancre et s’empire.

C’est à ce moment qu’on m’appelle en me disant “il était calme quand il était chiot, maintenant il fonce sur les autres chiens et n’a plus aucun rappel”. Ah, si seulement ce chien avait été travaillé avant sa période pubertaire (l’adolescence, période de tous les tracas), tout aurait été si simple.

Alors évidemment, je me concentre ici sur les chiots. Des jeunes chiens qui ont tout à apprendre et, si l’éleveur a bien été sélectionné, ont déjà de bonnes bases.

Mais il est aussi possible que vous ayez adopté un chien avec un passé difficile ou inconnu.

Ou que votre chien parfaitement éduqué et socialisé ait été attaqué par un autre, le rendant réactif.

Mon article n’a absolument pas pour but de pointer du doigts ces chiens ou ces personnes. Vous faites de votre mieux, vous n’avez pas eu de chance ou vous souhaitez offrir une belle vie à un toutou qui n’a pas reçu assez d’amour. Votre aventure et ses galères ne sont pas à minimiser, et encore moins à critiquer.

Mais concernant les adoptions de chiots en élevage, je ne peux pas être plus claire 😉

Il n’est jamais trop tard pour se faire aider ❤️, mais comme pour tout apprentissage, plus il est commencé tôt, plus il sera facile !

Améliorer ses promenades

Les parcs à chien

Ah, les parcs à chien. L’idée semble si bonne ! Emmener notre toutou s’éclater avec des copains dans un espace rien que pour lui, comme on amènerait nos enfants au parc. Ça lui permettrait de combler ses besoins sociaux, de jouer à n’en plus finir, de se fatiguer un bon coup.

Top ! Et bah non, pas top du tout.

Les parcs à chien sont malheureusement une fausse bonne idée. D’abord dans la forme (parc fermé), mais aussi dans le fond (pas de réel intérêt).

Voyons cela ensemble.

Fermés et petits

Les terrains sont logiquement fermés et parfois trop petits. Les chiens vont donc rapidement être en surnombre et les montées de tension vont être facilitées. Ils ne peuvent pas réellement fuir ni suffisamment s’éloigner en cas d’excitation.

Et un groupe de chien excités dans un trop petit espace, ce n’est jamais une très bonne idée (risque de bagarre, difficulté à descendre en tension…).

Attention donc au nombre de chien présent et à maintenir un niveau d’excitation bas ou tout du moins contrôlé. En cas de montée en tension, de poursuite qui vire au harcèlement, il est de notre devoir de séparer les chiens.

Évidemment, c’est bien mieux si le parc est grand, avec des arbres et infrastructures permettant aux chiens ayant besoin d’espace de s’éloigner ou se cacher. Mais si votre chien en arrive à cette envie, c’est que dans le fond, il y a un petit problème quand même.

Le mieux : Des rencontres dans des lieux ouverts, avec peu de chiens, favorisent le calme.

Peu d’odeurs

Dans la même idée, les parcs canins ne sont olfactivement pas très intéressants. A force d’être piétiné, le sol n’est qu’une terre dure, donc assez pauvre en odeurs. A part les chiens et leurs humains, il n’y a pas de nouvelles odeurs et l’excitation ambiante empêche votre toutou de les analyser calmement.

Ajoutez à cela que, par manque de place, on reste en statique, ce qui favorise la montée en tension.

Le mieux : Une bonne rencontre se fait en mouvement afin de permettre aux chiens de diminuer en tension en reniflant, en arrêtant de se focus sur le copain.

Un parc canin est donc, de par sa forme, une très mauvaise idée pour socialiser notre chien.

Il n’aura pas d’interaction calme, les montées en tension y seront facilitées par l’aspect fermé et pauvre de l’endroit, et donc le risque de bagarre augmentera.

Mais le fond n’est pas mieux, car de bonnes rencontres se font dans, certes, un bon environnement, mais aussi avec des chiens triés sur le volet en fonction de notre loulou.

Pas de tri à l’entrée

Tout le monde est libre d’y amener son chien, qu’il soit harceleur, agressif, brute ou peureux. Oui il y a un règlement à l’entrée, mais personne pour le faire respecter.

On va donc mélanger des caractères qui ne sont absolument pas compatibles. Un chien timide et peu sûr de lui ne devrait pas être mis en contact avec un chien très tactile et sans aucune retenue.

En fonction du caractère de votre chien et ce que vous souhaitez (un copain de jeu, l’aider à s’ouvrir aux autres, apprendre à respecter les signaux ect), on ne va pas lui faire rencontrer n’importe quel chien.

Si votre chien timide rencontre une brute qui le retourne dans tous les sens, il n’aura que plus peur de ses congénères. Si votre ado peut foncer sur ses copains malgré leurs signaux d’arrêt de jeu, il apprendra à devenir harceleur.

Bref, ne faites pas rencontrer n’importe qui à votre chien, même si celui en face est décrit comme “gentil”.

Pas de surveillant qualifié

Ces parcs communaux ne disposent d’aucun personnel qualifié, à même de repérer les situations à risque. C’est aux maîtres de gérer les interactions et puisque tous ne sont pas formés au langage canin, il y aura forcément des couacs.

Une bagarre qui éclate alors qu’on aurait dû séparer les chiens avant, un chien qui se fait prédater alors qu’on aurait pu repérer que le jeu n’en était pas un, un chien clairement mal à l’aise qui ne fait que subir…

Combien de fois j’ai pu voir des personnes s’extasier devant leurs chiens en train de “jouer”, alors qu’en vérité l’un subissait clairement l’excitation de l’autre ? Un véritable jeu entre chien est fait de pause, de changement de rôle, de respect des demandes d’arrêt.

Éthologiquement incorrect

Enfin, remettons l’église au milieu du village et rappelons qu’un chien n’est pas un humain. Même si les enfants vont apprécier se retrouver au parc de jeu, les chiens ne communiquent et n’interagissent pas de la même façon.

Des chiens adultes équilibrés et bien codés n’iront pas jouer avec un congénère inconnu. Ils préféreront partager une odeur, se suivre dans les buissons, marquer l’un après l’autre… Tout ce qu’un parc canin ne peut pas fournir.

Fournir des rencontres sociales à votre chien à travers un parc canin ne répond pas aux besoins de son espèce, mais gratifie plutôt les humains qui voient à travers leur chien un enfant à amener au parc de jeu.

En définitive, les parcs canins ne sont pas ce lieu de jeux paisible qu’on s’imagine tous.

On peut profiter de leurs clôtures pour laisser son chien observer ses congénères de loin en toute sécurité, on peut venir lorsqu’il y a peu de monde pour prendre quelques odeurs. En soit, c’est un bon moyen pour rencontrer les maîtres des environs.

Mais en aucun cas les parcs canins répondent à un quelconque besoin chez le chien.

Alors que faire ?

Privilégiez des balades canines encadrées, en petit groupe et composées selon les besoins et caractères de chaque chien. C’est le meilleur moyen pour votre chien de prendre du plaisir et de répondre à ses besoins sociaux sans stress et en étant écouté.

Évidemment, il est toujours possible de suivre un groupe en maintenant une certaine distance pour travailler votre chien.

Pour les rencontres impromptues, n’hésitez jamais à demander à la personne en face comment est son chien, quelles sont ses réactions, afin de savoir si son chien convient au votre. Et surtout, comme je le répète à chaque article sur ce sujet : Les rencontres devraient toujours se faire en liberté ou en longe, et toujours en mouvement. Une rencontre en statique avec les chiens tendus en bout de laisse est le meilleur moyen d’augmenter les risques de tension, et donc de bagarre.

Enfin, gardez également en tête qu’en cas de doute vous êtes tout à fait en droit de ne pas faire de rencontre, votre toutou vous en remerciera. Oui les chiens ont besoin de contacts sociaux, mais privilégier la qualité à la quantité leur sera toujours bénéfique !

Autres

Les premières fois chez le vétérinaire

Bébé chien découvre le monde, il n’a aucune idée de ce qu’est un vétérinaire ni ce qu’il va bien pouvoir lui faire (manipulation, vaccin ect).

Nous pouvons faire en sorte que le vétérinaire soit associé à quelque chose de positif, que l’attente soit cool à vivre… Ou ne rien faire et laisser notre chiot constater qu’on ne va chez le vétérinaire que pour vivre des moments désagréables.

Nous sommes nombreux à avoir déjà été témoin de chiens complètement affolés chez le vétérinaire, tournant en rond, haletant désespérément, ou d’en avoir un à la maison.

Notre objectif est que notre tout jeune chiot ne vive pas le fait d’aller chez le vétérinaire comme un moment stressant.

La salle d’attente

En ayant au préalable demandé l’autorisation, nous pouvons entrer dans la salle d’attente sans rendez-vous avec le vétérinaire. Simplement entrer, se mettre un peu à l’écart et laisser notre chien observer.

La salle d’attente, ça doit être un super endroit pour Médor : Son maître peut jouer avec lui, lui donner des friandises ou une mastication ect.

Au moindre signe de détresse, on s’en va ! Votre chiot doit comprendre qu’il n’est pas piégé, qu’il peut vous faire confiance.

Une fois Médor plus à l’aise, on peut pratiquer le calme par défaut ou “relax” afin d’avoir un toutou capable de se poser tranquillement dans la salle d’attente.

Les visites blanches

Dans l’idéal, on peut prendre rdv avec notre vétérinaire “pour rien”. On entre dans la salle de consultation et on laisse bébé chien explorer.

Trop souvent, la première visite chez le vétérinaire arrive pour les rappels du chiot : Le vétérinaire est associé à la piqûre, un moment pas forcément agréable.

On peut donc faire en sorte que cette première visite soit simplement une observation de la salle de consultation, une occasion de discuter avec le vétérinaire, de présenter son chiot… Et surtout que ce dernier associe la salle d’examen à un endroit fun et bienveillant.

L’apprentissage des manipulations

Pour que bébé chien vive au mieux les moments chez le vétérinaire, il faut aussi lui apprendre à être touché un peu partout, à son rythme.

J’ai déjà écrit un article sur ce sujet, je vous invite donc à aller le lire juste ici.

Le medical training

Plus loin encore dans la progression, nous pouvons faire du medical training avec notre chien. Il s’agit de le rendre acteur de ses soins en lui enseignant une posture de consentement. Les soins commencent lorsque le chien se met dans une certaine position et s’arrêtent s’il bouge.

C’est un niveau supérieur dans le respect du corps du chien et de ses limites qui se démocratise de plus en plus. Même si l’idée de progressivité est toujours présente, il ne s’agit pas de désensibilisation. Le chien doit accepter les soins en conscience, de lui-même.

Bref, la première visite chez le vétérinaire et les soins qui en découleront peuvent être préparés en amont pour être vécus de façon positive par le chiot.

Évitez de vous retrouver dos au mur avec un chiot qui passera un mauvais moment, car il en résultera un chien adulte qui détestera aller chez le vétérinaire et qui vous le fera savoir (refus de monter en voiture, défécation, difficulté à rester calme dans la salle d’attente, agressivité face aux soins ect).

Et si il a été impossible de prévoir un soin spécifique, il vous reste les solutions pansement.

Si la préparation aux soins n’a pas pu être effectuée correctement mais qu’un acte de soin doit être réalisé malgré tout (manque de temps, imprévu, progression lente ect), on peut mettre en place une solution pansement.

Il s’agit de détourner complètement l’attention du chien ou l’aider à supporter la manipulation en plus proposant quelque chose d’autre à faire :

Lèche un tapis de léchage pendant que je te coupe les griffe, mange une oreille de cochon pendant que je prends ta température, mâchouille ton jouet pendant que le vétérinaire t’ausculte…

Ici, on n’attend rien d’autre du chien qu’il se laisse faire. Le chien peut avoir conscience de ce qu’il se passe mais prend plus facilement sur lui grâce à l’occupation hyper intéressante. On retrouve moins l’idée de progression et de consentement des points précédents.

Ce n’est pas censé être une fin en soit, mais bien une solution d’urgence ! Le but est qu’après on puisse prendre du recul et mettre en place un travail pour amener le chien a être conscient et consentant face aux soins.

N’hésitez pas à vous faire accompagner pour que ces premières visites chez le vétérinaire se passent au mieux, tout comme pour l’apprentissage des manipulations ou des soins.

En santé comme en éducation, il faut mieux prévenir que guérir 😉

Accessoires

« Ça ne lui fait pas mal »

En disant à certains maîtres que le collier étrangleur de leur chien était douloureux, j’ai parfois eu une réponse lunaire : “Non, ça ne lui fait pas mal”.

On m’a même dit que la peau du chien était plus épaisse que la nôtre, donc qu’il ne sentirait rien, ou que les poils le protégeaient de toute façon.

Prenons un peu de recul pour se rendre compte d’une chose toute bête : Le collier étrangleur doit faire mal.

C’est son but premier. Faire mal au chien lorsqu’il tire ou lorsqu’on met une saccade pour le punir.

S’il n’est pas douloureux, autant mettre un collier plat simple voire encore mieux, un harnais. D’ailleurs, une autre idée reçue est de penser qu’un harnais fait tirer, mais c’est une autre histoire…

Le but du collier étrangleur (aussi appelé collier sanitaire ou chainette pour le rendre moins violent…) est de provoquer un ajout de douleur pour faire diminuer la fréquence d’un comportement (P+).

Le principe même de ce genre d’équipement est de faire mal, sinon il n’aurait pas été inventé.

Même combat pour le torcatus (collier à pointe).

Ne vous faites pas berner par les éducateurs qui utilisent ce genre d’outil.

Si vous avez un doute, demandez comment il sera utilisé. Demandez à quoi il sert.

Nécessairement, mettre ce collier signifie que votre chien ressentira de la douleur à un moment ou à un autre.

Certains argumenteront en vous disant qu’il vaut mieux lui faire mal une fois et qu’ensuite il vous obéisse pour de bon, que ça vous épargnera des heures de travail avec les “bisounours” (coucou c’est nous les éduc en positif !).

L’obéissance rapide justifierai la peur et la souffrance de votre chien.

Personnellement, je préfère largement travailler un chien plus longtemps, mais dans la douceur, en lui laissant le temps dont il a besoin, en le guidant pour qu’il prenne les bonnes décisions. Oui c’est généralement plus long, mais c’est aussi plus éthique.

Tout dépend où vous placez le curseur de votre morale.

Quand un éducateur vous propose d’utiliser un outil que vous ne connaissez pas, demandez toujours pourquoi, à quoi il sert, dans quel but, quelle est l’action sur le chien.

Un éducateur qui connaît ses outils et leur utilisation pourra vous expliquer précisément pourquoi il les utilise et dans quel but.

Pourquoi je passe les chiens en harnais plutôt qu’en collier ? Confort du chien, risque d’association négative avec un collier.

Pourquoi j’utilise une longe plutôt qu’une laisse courte ? Pouvoir de décision du chien, mise en confiance de l’humain, étape sécuritaire vers la liberté totale.

Pourquoi j’utilise le clicker avec les chiens dont le renforçateur est la nourriture ? Précision du comportement renforcé, mise en avant des propositions du chien et de son agentivité.

Un collier étrangleur/sanitaire/chainette, un torcatus, un licol… C’est fait pour brimer le chien, pour lui infliger quelque chose de désagréable, de la peur ou de la douleur, peu importe dans quel emballage rose bonbon il est vendu.

Aucun joli mot, aucune formulation n’en enlèvera son but premier : faire mal.

Certains penseront que ce n’est pas si grave, que ça ne dure pas longtemps. Pas moi. Pas tous ceux qui travaillent avec et comme moi. La douleur et la peur ne seront jamais une solution.

Autres

La distance sociale du chien

A nouveau, on s’attaque à une autre différence entre humain et chien dans le comportement social, et pourquoi cette différence rend certains exercices “traditionnels” complètement stressants et difficiles pour nos loulous.

Nous avons tous une distance sociale, qui varie en fonction des contextes.

Vous vous tiendrez naturellement plus près (et sans stress) d’une personne dont vous êtes proche que d’un parfait inconnu.

Malgré tout, dans les files d’attente ou dans les rues bondées, vous pouvez croiser des gens de très près sans problème. Lors de balades en forêt, si le sentier est étroit, vous croiserez les promeneurs sans sourciller.

De cette habitude, nous avons créé des compétences à vouloir faire acquérir à nos chiens : Être capable de croiser leurs congénères de très près, sans rien dire.

Voilà pourquoi on peut souvent voir dans les clubs canins ces exercices où les toutous, au pied, doivent passer à côté d’autres chiens sans réagir.

Sauf que ce n’est pas naturel du tout pour le chien.

► Dans le monde formidable de la communication canine, s’approcher vivement d’un congénère est sacrément impoli.

Laissez les chiens bien codés en liberté, analysez leurs mouvements et constatez qu’ils feront toujours un arc de cercle, se présenteront par le flanc ou détourneront le corps ou le regard pour apaiser la situation.

La plupart des chiens ne chercheront même pas à aller au contact et se contenteront d’observer, puis de prendre les odeurs une fois l’autre chien éloigné.

Même le chien le plus sociable du monde (bien codé j’entends, qui ne fonce pas sur ses congénères et est capable de les ignorer) ne croisera pas un autre chien sans une distance sociale minimum de quelques mètres. Les croisements directs et de très près sont une aberration.

La distance sociale des chiens est plus importante que la nôtre. Ils ont besoin de plus d’espace pour se sentir à l’aise lors des croisements et leurs présentations avec un congénère sont généralement très longues et ritualisées.

Cette idée d’aller directement vers un individu est purement humaine.

L’idée de ne pas pouvoir contrôler sa vitesse et trajectoire d’approche, de se sentir retenu par la laisse, va faire monter votre chien en tension.

Moi-même, si on me tirait vers un inconnu, pas sûr que je puisse rester calme et sereine !

Votre chien risque donc d’aboyer, de charger, afin de mettre à l’écart l’autre chien, de lui hurler qu’il a besoin de plus d’espace.

Il associera la présence d’un autre chien à quelque chose de négatif et entrera dans le fabuleux monde des chiens réactifs…

Forcer un chien, de par une laisse courte (car il ne le fera pas s’il a le choix) à croiser un congénère de très près sans possibilité de faire une courbe c‘est prendre le risque de créer des tensions.

C’est dans ce cas de figure qu’on voit la majorité des chiens réactifs : Mené sur un chemin étroit, forcé à croiser un autre chien et hurlant en bout de laisse. A une distance qui lui est propre, ce chien n’aurait même pas réagi.

Si le chien de club ou éduqué en coercitif ne réagit pas, c’est parce que la crainte de la douleur (collier étrangleur, coup de sonnette, dispute ect) est plus importante que son inconfort à passer aussi près d’un autre chien. Mais il suffira d’une fois de trop (attaque de l’autre chien, douleur, ordre contraire ect) pour que le toutou bien sage montre qu’il est arrivé au bout de ses limites.

► L’exercice consistant à faire passer les chiens les uns à côté des autres sans qu’ils n’aient le droit de s’exprimer est donc maltraitant. Ce n’est pas éthique, c’est contraire à leur éthologie, à leur comportement naturel. Cela les met dans un état de stress inutile et ne leur apprend concrètement rien.

Pourquoi ne pas simplement travailler avec plus de distance, dans le calme, en récompensant son chien lorsqu’il se détourne du congénère ? On évite le stress, la tension, on reste une figure de confiance pour notre chien, plutôt que quelqu’un qui le traîne vers une situation stressante.

En conclusion, c’est encore une nouvelle fois la différence de comportement social entre humain et chien qui créé un déséquilibre dans leur façon de communiquer, entraînant du stress jusqu’à de la réactivité.

Mettons-nous plus souvent à leur place, laissons-leur l’espace dont ils ont besoin pour communiquer sereinement. Cela ne coûte rien de faire une courbe dans un parc ou de changer de trottoir en ville afin de ne pas forcer notre chien à vivre un moment de stress.

Comportement, Education

 » Ça passera en grandissant… »

Et la marmotte, elle…

Ah, ce bel espoir que le seul temps qui passe puisse arranger la plupart des problèmes que nous rencontrons avec Toutou.

Si c’était vrai, le métier d’éducateur canin n’existerait pas 🙂

En fonction d’un tas de choses (génétique, environnement, expérience ect), des problèmes de comportement peuvent apparaître chez le chiot, notamment à l’adolescence (6-8 mois).

Il aboie sur ses congénères, tire en laisse, a peur des voitures, ne revient plus au rappel, saute sur les passants…

Alors tant que le chiot est petit, mignon et certainement pas encore assez lourd pour que ces comportements soient vraiment gênants au quotidien, beaucoup auront tendance à attendre.

On serait tenté de se dire : C’est un ado, il est jeune, ça passera à l’âge adulte.

Et c’est alors qu’on se tire une bien belle balle dans le pied.

La plupart des problèmes qui apparaissent à l’adolescence persistent à l’âge adulte.

Après la période de socialisation (de 3 semaines à 3-4 mois), l’adolescence est la deuxième période “charnière” du développement du chien. Avec les poussées d’hormones, il a généralement plus de difficultés à communiquer et à gérer ses émotions, des peurs soudaines apparaissent, les mauvaises expériences sont plus marquantes.

C’est d’ailleurs souvent vers cet âge que j’ai le plus d’appels pour travailler un chiot devenu réactif “sans raison”. En vérité, il y a des tas de choses qui auraient pu être mises en place pour que cela n’arrive jamais ou dans une moindre mesure.

Ces problèmes n’ont aucune raison de partir d’eux-mêmes. Un chien réactif le restera s’il n’est pas pris en charge. Un traumatisme ne se guérit pas par miracle.

Sans prise en charge, il y a de bonnes chances que le problème s’aggrave.

Un chien laissé dans son stress, sa peur ou son agressivité risque d’y plonger encore plus.

Par exemple, un chien qui aurait peur des chiens trop exubérants (grands, vifs ect) risque de généraliser cette peur à l’ensemble de son espèce.

Un chien qui essaierait d’attraper les camions qui passent à proximité pourrait généraliser ce comportement à l’ensemble des véhicules, voire au mouvement en général (coureurs, vélos ect).

Bref, l’absence de travail nous expose au risque de la généralisation du comportement à d’autres situations, d’autres déclencheurs.

De plus, le chien peut s’auto-renforcer dans son comportement.

Si Toutou aboie sur les passants pour les faire fuir, ayant appris que les humains cherchent toujours à le toucher, chaque itération du comportement accentuera sa probabilité d’apparition. Même chose avec le fait de charger ses congénères par crainte qu’ils s’approchent.

Le chien peut instrumentaliser l’agression comme seul moyen de faire partir ce qui le dérange.

Dans l’exemple du chien qui tire en laisse, Toutou apprend naturellement que tirer lui permet d’accéder à l’odeur qu’il souhaite renifler, puisqu’on le suit.

Comme le comportement est opérant (renforcé par l’obtention de quelque chose de positif pour le chien), il sera forcément reproduit.

Enfin, il est évident que, comme pour nous, une habitude est plus facile à défaire lorsqu’elle n’est pas ancrée depuis longtemps.

Une prise en charge aux premiers “symptômes” d’une problématique sera plus simple, plus rapide et moins énergivore (autant pour l’humain que son chien) qu’un travail qui commence après des années de répétitions et de renforcement du comportement.

Alors plutôt que de parier sur le fait que, peut-être, avec de la chance, le problème se résoudra seul, autant agir directement et s’économiser beaucoup d’énergie, de temps et d’argent dans une rééducation.

Le fameux “je vais éduquer mon chien moi-même et je prendrai un éducateur canin si ça ne va pas” est le point de départ de toutes les problématiques.

Mais aussi pour moi-même en tant qu’éducatrice : C’est tellement plus fun de travailler des chiots et les voir évoluer en adultes bien dans leurs pattes. Même si, au fond, j’adore travailler les chiens réactifs et voir leurs maîtres s’émerveiller de leurs progrès héhé. Ce n’est pas la même chose, c’est une stimulation différente et ceux sont les deux gros blocs du côté (ré)éducation de mon métier : Les chiots et les réactifs. Mais il est évident que pour les familles, c’est toujours plus sympa d’éduquer un chiot que de rééduquer un adulte !

Finalement, une rééducation dès l’apparition des symptômes est un bel investissement.

Voire encore mieux : Se faire accompagner dès l’arrivée de Toutou afin de le socialiser correctement, ne pas faire d’erreur et avoir les bases d’une éducation saine et bienveillante.

Tout le monde en ressortira gagnant : Vous qui aurez un chien correctement socialisé et éduqué, facile à vivre, et votre chien qui sera bien dans ses pattes.

Autres

Comment réagir quand on croise un chien réactif ?

J’ai récemment fait un article sur la politesse à adopter lorsque, avec notre chien sociable, nous croisons un autre chien, qui pourrait bien être réactif.

On a parlé de rattacher son chien, de prendre de la distance, de demander au gardien du chien avant de laisser le notre y aller ect.

Et si on se concentrait sur nous, en tant que personne ?

C’est à dire, si je croise un chien réactif alors que je marche seul, que je cours, fait du vélo ect, comment aider au mieux son maître à gérer cette situation ?

On parle souvent de comment réagir lorsqu’on a un chien réactif (mouvement, trajectoire, tension ect), mais passons de l’autre côté du miroir pour être le meilleur “humain sans chien” possible 😉

Cette personne qui a un chien réactif, on la voit de loin : Souvent, la personne va se tendre en nous voyant, s’arrête. Dans le meilleur des cas, elle va chercher une cachette le temps du passage ou essayer de prendre de la distance. Sinon, elle va raccourcir la longe en anticipant un déclenchement, car elle sait que la distance qu’elle aura ne sera pas suffisante.

Avant toute chose, en tant que personne consciente des mécanismes qui peuvent rendre un chien réactif (génétique, expérience traumatisante, socialisation), il est important de ne pas juger.

Un chien réactif n’est pas nécessaire le fruit d’une erreur de son gardien. Bien souvent dans le cas des chiens de berger par exemple, la génétique y tient une grande place. Si un petit chien s’est fait malmener par ses congénères, il y a de grandes chances pour qu’il les tienne à distance par la suite.

Notre regard doit donc être rempli de compassion, pas de jugement. Car il y a autant de stress chez le chien que chez son maître.

C’est toute l’essence de mon métier : Apporter à chaque famille les clés pour comprendre son chien, trouver la raison de la réactivité de leur compagnon, sans jamais y apporter un jugement. Personne n’a choisi d’avoir un chien réactif. Même si le gardien a fait des erreurs qui l’on mené à cette situation, le juger n’y changera rien.

Dans un premier temps, le gardien du chien réactif a besoin de temps et de distance.

Si possible, éloignons-nous afin que le chien retrouve sa zone de confort. Un petit détour sur notre chemin prévu n’a jamais tué personne, mais aidera grandement le gardien du toutou.

Si c’est impossible, le mieux est encore de demander : Est-ce que je peux passer ? Vous préférez que j’attende ?

Le simple fait d’avoir le temps de se préparer au croisement plutôt que de devoir raccourcir la longe en panique fera un bien fou au gardien.

Si vous courrez ou êtes à vélo, ralentir ou descendre peut aider certains chiens, notamment ceux réactifs au mouvement. Le mieux étant toujours de demander à la personne ce qui l’aidera le plus.

Quoiqu’il arrive, ne pas faire attention au chien.

Essayer de lui parler ou de le rassurer ne servira à rien, au contraire. S’il réagit déjà, vous ne ferez que l’énerver d’autant plus. S’il était à sa limite, une interaction ne fera que le déclencher pour de bon.

J’ai déjà eu affaire à un monsieur aboyant carrément sur le petit chien qu’on travaillait, ce qui n’a pas manqué de lui faire encore plus peur…

Faites donc de votre mieux pour ignorer le chien, car quoi que vous ferez n’améliorera pas la situation.

Il n’est pas non plus nécessaire de donner des conseils à cet instant : Même si la personne crie ou s’énerve, un conseil non sollicité sera forcément mal entendu. Culpabiliser une personne ne l’aidera pas à s’en sortir.

Évidement, ne prenez pas mal le fait que le gardien du chien réactif ne vous dise pas bonjour.

C’est déjà très difficile et culpabilisant de tenir un chien réactif ayant déclenché, en plus du stress que cela engendre. Dans ces moments-là, tout ce que l’on souhaite est que ça se finisse le plus vite possible.

Cependant, si vous parvenez à prendre de la distance, laisser du temps à la personne ou vous mettre suffisamment de côté pour l’aider, le soulagement et la reconnaissance du gardien du chien réactif seront immenses, croyez-moi.

Toutes ces petites astuces vous permettront d’être le bon samaritain du jour, d’aider quelqu’un à mieux appréhender une situation stressante, voire d’aider son chien.

En tant que pet-sitter, je promène des chiens réactifs.

Quel plaisir et soulagement je ressens lorsqu’une personne, me voyant chercher à m’éloigner, m’indique qu’elle change de direction ou s’éloigne d’elle-même pour me laisser passer.

A tout ceux qui ont et auront cette empathie, merci ! ♥